Les origines du Père Noël

Aujourd’hui,  nous allons explorer l’histoire de celui qui met des étoiles dans les yeux de nos enfants en cette fin d’année. Il est célébré aux quatre coins du monde, parfois sous des noms différents, mais il est présent dans toutes les cultures de la planète. C’est donc parti pour un voyage en traîneau volant et tant pis si vous n’avez pas été sage cette année, je n’en dirai rien au Père Noël.

La mondialisation et le cinéma hollywoodien ont donné de Noël une image uniforme : la veillée du 24 décembre, le Père Noël vêtu de rouge qui distribue aux enfants sages des cadeaux préparés par ses lutins, le traîneau aux neuf rennes, le sapin décoré de guirlandes, les huîtres et la bûche… Pourtant, le Père Noël n’a pas toujours existé. Ou du moins, sous sa forme actuelle. Le vieil homme bien aimé des enfants a connu de nombreuses mutations en fonction des croyances régionales, avant de s’imposer dans le monde occidental au sortir de la seconde guerre mondiale. 

Bien avant la naissance de Jésus, les Européens ont pris l’habitude de fêter le passage du solstice d’hiver, et donc le retour annoncé du printemps, à la fin décembre. On décore les habitations avec des feuillages et des branches de sapin, on organise des festins, on s’échange des cadeaux. Ces célébrations païennes, ancrées dans la tradition depuis des siècles, ne sont pas du goût de l’église catholique qui souhaite les voir disparaître. En 354, le pape Libère fixe la date de la naissance de Jésus au 25 décembre. L’objectif est atteint: la fête du solstice d’hiver est peu à peu oubliée au profit d’une célébration purement religieuse.

Joyeux Noël dans les langues d'Europe

« Joyeux Noël » dans les langues européennes (© Jakub Marian, Tindo – fotolia.com).

Saint-Nicolas, patron et protecteur des enfants

Saint Nicolas
                                            Saint Nicolas

Nicolas de Myre naît en 270, dans le sud de l’actuelle Turquie. Cet évêque de l’Eglise chrétienne devient, après sa mort, le protecteur des marins, des marchands et des enfants et un hommage lui est rendu le 6 décembre.
Vous reconnaîtrez facilement le personnage de Saint-Nicolas, célèbre dans toute l’Europe pour sa générosité envers les enfants sages. Traditionnellement, dans plusieurs pays, la fête au cours de laquelle les enfants reçoivent des cadeaux n’est pas Noël, mais bien la Saint-Nicolas, le soir du 5 décembre.


Notez ensuite que le nom néerlandais de Saint-Nicolas n’est autre que Sinterklaas, qui par déformation a donné le Santa Claus américain. Le Père Noël que nous connaissons aujourd’hui est donc en partie un dérivé du Saint-Nicolas chrétien, les attributs religieux en moins.

L’héritage scandinave : Odin et le bouc de Noël

Le mythe du Père Noël a également incorporé de nombreux éléments païens en provenance de Scandinavie. Avant leur christianisation, les peuples germaniques avaient leur propre fête de l’hiver, appelée Yule. Le mot norrois (scandinave médiéval) Jól a d’ailleurs donné Jól en islandais, Jul en danois, norvégien et suédois, Joulu en finnois et Jõulu en estonien. C’est ainsi que l’on nomme Noël dans ces différents pays.
Comme pour le Sol Invictus romain, les chrétiens ont repris cette fête à leur compte, tout en conservant nombre d’éléments païens. Le folklore scandinave semble avoir exercé une forte influence sur la vision contemporaine de Noël, notamment en lui donnant sa coloration hivernale. N’oublions pas que Saint-Nicolas est né au bord de la Méditerranée, donc dans un cadre peu propice aux chutes de neige.

Odin, l'ancêtre du Père Noël ?Le dieu germanique Odin, avec sa longue barbe, a pu servir de modèle à notre Père Noêl.

Du dieu Odin au Père Noël

Le Dieu nordique Odin apparaît même comme un modèle du Père Noël : parmi ses autres noms, on trouve notamment Jólnir (Yule, donc) et Langbarðr, littéralement « longue barbe ». De plus, il participe régulièrement à la Chasse sauvage lors du solstice d’hiver, au cours de laquelle il parcourt les cieux sur le dos de son cheval Sleipnir, accompagné des esprits des défunts. On voit bien ici le parallèle avec le Père Noël se déplaçant sur un traîneau aérien. En parlant de traîneau, il s’agit bien sûr d’un moyen de transport traditionnel courant en Scandinavie, notamment en Laponie.
Selon la légende, un dieu, Odin ou Heimdall, descendait sur terre pour distribuer des cadeaux aux enfants sages à l’occasion de Yule. Les marmots désagréables, quant à eux, devaient se contenter de cendres.

Julenisse, le lutin nordique

Dans le folklore nordique, un nisse est un être de petite taille, protecteur des fermes, souvent représenté vieux et barbu. Au cours du XIXe siècle, le nisse s’est transformé en Julenisse (norvégien), Julemand (danois) ou Jultomte (suédois), chargé de la distribution des cadeaux. Cette figure est donc autant l’origine du Père Noël que de ses industrieux lutins.
En retour, le Julenisse a été influencé par le Père Noël anglo-saxon, mais il convient de bien l’en distinguer : le lutin nordique reste petit par la taille, entre dans les maisons par la porte et non par la cheminée et son traîneau ne vole pas.

Julbock, le bouc de Noël

Plus intrigante encore est la figure du Julbock, autrement dit le « bouc de Noël » ou « chèvre de Noël ». On retrouve des traces de cette tradition dans le nom finnois du Père Noël, Joulupukki. Avant d’être diabolisé par les chrétiens, le bouc était un animal tenu en haut estime par les Scandinaves : le char volant de Thor était par exemple tiré par des boucs, encore une influence du traîneau du Père Noël.

Au XVIIe siècle, les jeunes gens avaient pour coutume d’aller de maison en maison avec l’un d’eux déguisés en bouc, pour réaliser des farces et effrayer les enfants. On confectionnait souvent des boucs à base de paille pour les placer chez ses voisins à leur insu.


Au cours du XIXe siècle, le Julbock a endossé un rôle plus positif de distributeurs de cadeaux. Les enfants tressaient de petits boucs de paille qui, la nuit venue, sortaient de la maison pour aller chercher des cadeaux à leur propriétaire. Depuis, le Julbock a cependant été supplanté par le Julenisse, mais garde encore un second rôle, accompagnant le lutin dans ses livraisons.
De nos jours, il est courant de trouver le bouc de Noël en version miniature accroché aux sapins des Scandinaves ou en version géante dans les grandes villes suédoises à l’approche de Noël.

Bouc de GävleUn « bouc de Gävle », grand Julbock exposé pendant la période des fêtes.

De Santa Claus au Père Noël

Saint Nicolas en 1906
                                         Saint Nicolas en 1906

Dans les décennies suivantes, l’imagerie de Santa-Claus varie au gré des illustrateurs et des nouvelles histoires inventées par les romanciers. En 1885, on précise que l’homme vient non pas du ciel, mais du Pôle Nord, où il dispose d’une usine à jouets. Ces représentations s’imposent peu à peu dans l’inconscient collectif américain, tout comme la distribution des cadeaux le 25 décembre. Notre Père Noël actuel prend forme en 1931, quand la marque de soda Coca-Cola cherche un moyen de vendre ses boissons en hiver. Elle charge l’illustrateur Haddon Sundblom de trouver une mascotte. Ce dernier s’oriente vers Santa-Claus, et s’inspire de précédentes représentations parues dans la presse du début du siècle, et montrant un vieil homme habillé en rouge et en blanc. Les couleurs de Coca-Cola! Haddon Sundblom accentue dans sa publicité la jovialité et la bonhommie du vieil homme: le Père-Noël moderne est né, et son image s’impose dans tous les Etats-Unis.

En Europe, c’est une autre histoire. La tradition de la Saint-Nicolas est toujours très vivace dans les pays de tradition germanique et dans l’est de la France, tandis que «Un conte de Noël» de Charles Dickens, paru en 1843 au Royaume-Uni, met l’accent sur l’esprit de générosité personnelle et de rédemption durant cette période. Il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour que le Père Noël débarque brusquement dans les foyers européens. Notre pays succombe rapidement à l’aura de ce personnage lié à la séduisante «American way of life» et importe des traditions qui lui sont peu ou pas connues: le sapin richement décoré, le papier cadeau, les cartes de voeux, et les cadeaux bien plus onéreux que la traditionnelle orange dévolue aux enfants.

Coca Cola est-il l’inventeur du Père Noël ?

Une légende urbaine fait de Coca Cola l’inventeur du Père Noël. Rien n’est plus faux. Non seulement Coca Cola n’a pas la paternité du vieillard jovial, mais l’entreprise n’est même pas la première à avoir utilisé la figure du Père Noël pour vendre ses produits. Il existe de nombreuses affiches représentant le personnage dans sa version « moderne » datant XIXe siècle. On peut en revanche considérer que Coca Cola a fixé l’image du Père Noël dans les esprits grâce à sa campagne de publicité de 1931. Il est intéressant de noter que Haddon Sundblom, dessinateur de ces affiches, était d’origine finlandaise et suédoise. Il a donc contribué à figer tout un pan du folklore scandinave dans la représentation qu’il a faite du Père Noël.
Si vous voulez connaître la version de Coca Cola sur la question, je vous recommande la lecture de cette page sur leur site officiel.

La figure américaine du Père Noël daterait plutôt de 1823, date de parution du poème anonyme A Visit from St. Nicholas. S’il parle encore de Saint-Nicolas plutôt que du Père Noël, le poème donne une description très précise du personnage et du rituel de livraison des cadeaux : le traîneau volant tiré par huit rennes (Rudolphe au nez rouge n’apparaîtra qu’en 1939 !), l’entrée par la cheminée à laquelle sont accrochées des chaussettes, le vieillard rondouillard et joyeux…

Ensuite, c’est le caricaturiste Thomas Nast qui a continué à préciser les contours du Santa Claus américain, à travers de nombreuses gravures. C’est d’ailleurs le même Thomas Nast qui a ancré des figures américaines célèbres, comme l’éléphant républicain ou l’âne démocrate.

Le Père Noël par Thomas Nast

Le Père Noël dessiné par Thomas Nast en 1881.

Le Père Noël, une figure pas si universelle

Si, vu de France, le Père Noël semble aller de soi, il n’en a pas toujours été ainsi. Traditionnellement, en France, c’était plutôt l’enfant Jésus qui apportait les cadeaux de Noël, tandis que Saint-Nicolas se chargeait de cette tâche dans le nord et l’est de la France, dans la nuit du 5 au 6 décembre. Le 23 décembre 1951, le vicaire de la cathédrale Saint-Bénigne, à Dijon, fait brûler une effigie du Père Noël, pour protester contre ce qu’il perçoit comme une dérive païenne et mercantile de la fête chrétienne.
Dans certaines parties du monde germanique, c’est également l’enfant Jésus, Christkind (Kind signifiant « enfant » en allemand) ou Christkindel, qui distribue les cadeaux. Ce personnage a été popularisé par les protestants pour remplacer Saint-Nicolas, qui n’appréciaient pas que l’on voue un culte aux saints. Etrangement, cet enfant Jésus est souvent représenté sous les traits d’une jeune fille portant une couronne. Le nom Christkindel a donné au Père Noël l’un de ses noms en anglais, Kris Kingle.

Dans certains pays, le Père Noël n’a donc pas le premier rôle : les Espagnols l’appellent Papá Noel, mais accordent plus d’importance aux Rois mages, qui viennent distribuer des cadeaux le 6 janvier. Pour les Néerlandais, Sinterklaas (Saint-Nicolas) est une figure de premier ordre. Chaque année, il vient d’Espagne à bord d’un bateau, accompagné de Zwarte Piet (« Pierre le noir »), le Père Fouettard local représenté sous les traits d’un Africain. Il se lance ensuite dans une grande procession à travers tout le pays.

Quel est votre Père Noël a vous ?

xoxo 

La Puce

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