Un ange parti trop tôt…

Depuis quelques jours, je tente d’aider une jeune femme qui vient de perdre son enfant. J’ai fait sa connaissance sur les réseaux sociaux et son désespoir m’a serré le cœur, car il faisait résonance à ma propre histoire. Mais, ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux, après qu’elle ait évoqué sa situation, m’a fait tomber de ma chaise. Alors, je vais réagir sur ce blog en vous dévoilant une partie de mon histoire, que vous ignorez pour la plupart d’entre vous. Vous comprendrez alors peut-être pourquoi j’ai sorti mes griffes ces derniers jours sur les réseaux sociaux.

Je peux comprendre cette jeune femme, même me mettre à sa place, car j’ai perdu mon fils, il y a maintenant plus de vingt ans. Je n’ai pas fait une fausse couche, mais j’ai accouché d’un petit être qui n’a pas survécu en raison de son jeune âge. Il n’avait que 20 semaines lorsque j’ai ressenti mes premières contractions. Les médecins ont tout tenté, mais le petit bout est venu au monde bien trop tôt, incapable de pouvoir survivre dans ce monde en raison de son trop jeune âge. Il est mort après deux cris dans les bras de son papa, qui m’a accompagné dans cette terrible épreuve. J’ai entourée également par de deux amis. J’avais caché ma grossesse à mon entourage, car je me sentais prête à devenir mère malgré mon jeune âge et il ne l’aurait pas accepté en faisant en sorte que je me fasse avorter. 

Perdre un enfant est une terrible épreuve que je ne souhaite à personne de vivre, tant nous désirons cet enfant, dont la vie nous prive sans réellement nous donner de raison. Les hommes peuvent difficilement appréhender notre état émotionnel devant cette perte de l’être que nous désirons le plus. La plupart des femmes comprennent surement de quoi je parle, ce désir de donner la vie, de devenir maman. C’est un sentiment indéfinissable, que la société compare souvent à une horloge biologique qui vient se rappeler à nous régulièrement, tant qu’on ne lui a pas cédé.

Les débuts de la grossesse provoquent de grands bouleversements chez les femmes aussi bien sur le plan des hormones (on n’a pas toutes envie de fraises ou d’autres choses folles…) que dans son esprit, dans son cœur. Alors, lorsque la vie nous enlève ce que nous avez toujours désiré, notre monde s’effondre et les pleurs ne calme pas notre peine. C’est juste notre façon de réagir face à l’incompréhension du moment. De même, nous n’avons pas besoin de votre pitié. On se sent déjà assez coupable de ne pas avoir réussi à mener à terme cette grossesse, pour supporter vos questions et vos faux réconforts qui la plupart du temps sont vides de sens pour nous. Nous ne voyons qu’une seule chose que notre enfant vient de nous quitter et rien ne pourra nous le ramener.  Sachez que dans la grande majorité des morts in-utéro ou d’accouchements prématurés, il n’y pas de causes précises, uniquement la fatalité, le destin, mais cela n’apporte aucun réconfort de le savoir. On continuera de s’interroger en permanence sur ce qu’on aurait dû faire, ce qu’on aurait dû manger, ou bien sur ces petits signes, dont nous n’avons pas tenu compte et qui sont, à nos yeux, les causes de ce départ prématuré. On passe des jours et des nuits à refaire le monde sans le vouloir, juste parce que notre douleur nous ne laisse pas tranquille et pousse notre cerveau a tout examiné pour trouver une réponse qui n’existe pas.

Personnellement, pour ne pas affronter la pitié de mes amis qui n’aurait fait qu’alourdir mon sentiment de culpabilité, je me suis construit un masque et j’ai enfoui ma peine au plus profond de mon âme pour avancer et surtout pour ne pas m’effondrer. Je n’en ai pas parlé et j’ai refusé d’évoquer le sujet avec quiconque. A la mort de Fab, quelques mois après, j’ai quitté le campus pour ne plus rester sur les lieux qui me rappeler en permanence ces deux anges, mais surtout par refus d’affronter la réalité de ma souffrance. J’étais incapable d’y faire face, alors j’ai fait l’autruche. En rentrant en France, j’ai continué de nier cette peine en la maintenant bien cadenassée au fond de mon cœur et de mon âme, Je n’ai jamais évoqué cette souffrance à quiconque, croyant que c’était la meilleure des solutions, mais c’était faux. Elle me bouffait de l’intérieur et je m’en suis rendue compte depuis peu en clôturant mon roman. Inconsciemment, j’ai raconté mon histoire en le romançant, car j’avais besoin d’extérioriser ce qui me rongeait depuis 20 ans pour devenir une meilleure personne et surtout pour voir la lumière au bout du tunnel.

Alors, l’histoire de cette jeune femme m’a ramené 20 ans en arrière et j’ai voulu lui tendre la main, celle que j’avais refusée ou que je n’avais pas vue. Les réactions de certains internautes m’ont fait bondir. Quand je lis qu’il suffit de faire un autre enfant par ne plus y penser, cela me fait sortir de mes gonds et heureusement que je n’ai pas ses personnes face à moi. Beaucoup d’entre vous pensent à tort que le bébé perdu est un élément du passé, une douleur effacée par l’arrivée d’un nouvel ange, qui pourrait nous guérir de tous nos maux. Eh bien, retenez une bonne fois pour toute qu’aucun enfant ne remplacera jamais celui qui n’est pas né ou qui est mort à la naissance. Cette disparition laisse une fêlure, une plaie qui ne se referme jamais. On pense à ce petit être au quotidien, on s’interroge sur le petit homme qu’il serait devenu. Il appartient à notre vie à jamais et rien ne pourra éteindre la douleur causée par son départ prématuré.

A son évocation, il n’est pas rare que je pleure, certes pas tous les jours, mais une musique, une situation ou autre chose peuvent me plonger dans une profonde tristesse s’accompagnant en général d’un flot incontrôlable de larmes, même 20 ans après. Le pire quelquefois est de voir les enfants de mon entourage et d’un seul coup, je me surprends à me demander ce qu’il aurait fait dans telle situation ou quelle réaction il aurait eu face à tel jouet ou à tel obstacle. Je sais pertinemment que je ne le verrais jamais grandir, qu’il ne fera jamais ses premiers pas, ni ses premières bêtises qui m’auraient exaspérée, rendue folle, mais je ne peux pas faire comme s’il n’avait jamais existé. Il a grandi quelques mois en moi, nous avons noué des liens forts, nous avons partagé des moments de tendresse ensemble… Il sera toujours mon petit polichinelle. Il est toujours vivant dans mon cœur. Alors non, un bébé ne remplacera jamais, ni n’effacera le précédent qu’il soit mort ou vivant …

N’ayant jamais pu connaitre à nouveau les joies de la maternité, j’ai interrogé des mamans qui ont connu ses deuils périnataux et elles m’ont toutes dites qu’en regardant leur enfant s’amuser, elles ne peuvent s’empêcher de se poser les mêmes questions que moi et elles connaissaient les mêmes torrents de larmes. On n’oublie jamais ce petit ange parti trop tôt, il reste au plus profond de notre cœur, il nous manquera toujours. Mais, on doit vivre, alors on avance avec cette absence et cette douleur permanente en faisant semblant que tout va bien, même si ce n’est pas tous les jours le cas.

Alors que faire me direz-vous ? Rien, juste à ouvrir en silence vos bras pour recueillir nos pleurs et écouter nos discours parfois incohérents, mais surtout sans poser de questions. On a juste besoin d’avoir un roc sur lequel nous pouvons nous réfugier pour craquer lorsque la journée a été dure et que nous ne pouvons plus contrôler notre douleur. Recevoir de l’amour ou de la tendresse de la part de nos amis nous permet d’avancer chaque jour sur le chemin de la vie, mais sans jamais combler cette absence. Rien qu’en nous souriant ou en ayant un petit geste ou mot au quotidien, vous nous apportez un peu de soleil et une grande aide sans le savoir.

J’espère que vous comprenez mieux ma réaction de ces derniers jours sur les réseaux. 20 ans après, c’est encore un sujet douloureux pour moi… 

xoxo

La Puce

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