La Plume de la Puce

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Je ne me cache pas, je suis polyamoureuse. On vient de me poser la question de savoir comment trouver un équilibre, comment modifier sa rucher, mais surtout quand. Je pense que l’adage s’adapte à toutes les situations : on ne prend aucune décision importante quand on vient juste de tomber amoureux. On doit se laisser du temps pour voir comment évolue cette nouvelle relation et quand elle va s’inscrire dans l’harmonie de la ruche avant de tout chambouler.

Parmi les buzzwords qui circulent dans le contexte polyamoureux, il y a la notion de NRE. De l’anglais « New Relationship Energy« . Traduit en français, c’est les premiers temps d’une nouvelle rencontre, quand on est tellement loin sur son petit nuage qu’il faut périodiquement que notre autre partenaire agite la main pour nous sortir de notre téléphone et de notre grisant ping-pong de textos ou de sextos, quand il ne doit pas nous rappeler à la réalité en disant « allo ? y a quelqu’un ? »

On peut aussi traduire cet acronyme, par le fait qu’on est raide dingue amoureux de quelqu’un de nouveau. Ce signe anglo-saxon de trois lettres permet juste à l’autre de ne pas se sentir menacé par cet emballement, par le fait qu’il n’est plus le destinataire principal de toute l’attention….

Dans le monde polyamoureux, le concept de NRE est accompagné d’un précepte qui fait loi depuis que Françoise Simpère l’a ou formulé ou popularisé (un dessin à gagner pour qui trouvera la référence originelle) : pas de décisions susceptibles de chambouler irréversiblement nos vies et la structure de nos relations existantes tant qu’on est dans la période de lune de miel. Donc par exemple on attend six mois voire un an avant d’emménager en triade, de démissionner pour se rapprocher, de lancer une procédure de divorce ; …voire deux ans.

Sous ses dehors anti-romantiques, à rebours de tous nos réflexes de contes de fées, cette précaution est éminemment sage. De même qu’il vaut mieux éviter de conduire sous l’emprise de l’alcool, de même il est risqué de diriger sa vie sous l’emprise de l’amour. Ce qui n’empêche pas de goûter aux plaisirs de l’un ou l’autre, tant qu’on garde une vague conscience qu’on est temporairement hors d’état d’évaluer son propre niveau de lucidité.

Car l’amour romantique, fait d’exaltation quasi-psychotique, d’idéalisation béate et de jeux de miroirs où je renvoie surtout à l’autre ce que je crois qu’ielle veut voir en moi, cet amour est piètre conseiller. D’autant plus piètre que dans le même temps, cette énergie particulière dans laquelle il me plonge me fait croire que j’ai des superpouvoirs de superlucidité et que cette fois-ci, j’ai vraiment rencontré quelqu’un de phénoménalement plus extraordinaire que tout, et que le moindre doute à ce sujet serait un crime de lèse-majesté.

Les polyamoureux ont le grand mérite de reconnaître le phénomène. Comme avec beaucoup d’autres plaisirs de la vie, il s’agit de trouver un modus vivendi qui permet d’en profiter tout en évitant les plus graves déconvenues. Et donc : faire un effort conscient pour entretenir les relations existantes quand bien même elles paraissent ternes et prosaïques en comparaison du nouveau trip ; et surtout : pas de grandes décisions tant qu’on est encore tout épris.

Combien attendre ?

Six mois, un an ? C’est très arbitraire.. Y a-t-il un critère objectif ?

J’en propose un. Il vaut ce qu’il vaut. C’est quand le débit de messages ou le délai de réponse commence à s’équilibrer entre la nouvelle relation et les précédentes, sans que ledit débit ou délai occasionne une quelconque insécurité à l’autre bout. Libre à chacun de transcrire mon critère dans ce qui caractérise le mieux ses propres comportements d’obsession amoureuse.

Tout ça pour dire que

Tout ça pour dire que si on est d’accord que c’est une bonne idée d’éviter de délaisser ses relations existantes et de surtout de s’imposer un moratoire de décisions majeures tant que dure la lune de miel, alors le précepte devrait être largement popularisé au-delà du monde poly. Car si on ne se marie plus guère le lendemain du bal, ni même au bout de deux ans, il est encore assez fréquent pour deux récents ex-célibataires d’emménager ensemble au bout de quelques mois, quand on est encore tout frissonnant d’infatuation.

Les pratiques outre-atlantique de dating à rallonge ont au moins ce mérite, à mon humble avis, de temporiser les ardeurs jusqu’à ce que les décisions aient une meilleure chance d’être saines et réfléchies. En France, à part les contraintes géographico-universitaires, je ne crois pas avoir ressenti un frein culturel à a pression romantique (et financière-fallacieuse) de rapprochement fusionnel rapide.

Mais je peux me tromper.

xoxo

La Puce

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